Santa Cabrini occupe une place singulière à Montréal : l’hôpital entretient un lien historique fort avec la communauté italienne, très présente dans la métropole et dans le quartier où s’inscrit le complexe. Le site est également marqué par une morphologie particulière : un bâtiment central en cour avant en forme de rotonde accueillant des unités de soins, suivi de plusieurs ailes cliniques, ainsi qu’une urgence réalisée dans les années 1990 sur le côté est du site. À l’échelle urbaine, l’ensemble s’insère dans un tissu résidentiel sensible – maisons jumelées et unifamiliales – où le rapport de voisinage, le lien communautaire et la lecture volumétrique sont déterminants.
Cette réalité culturelle a informé l’approche de manière volontairement subtile. Par exemple, une inspiration est venue des vitraux de la chapelle existante : non pas comme citation littérale, mais comme idée de lumière filtrée, modulée, vivante. Le projet est ainsi enveloppé d’une peau de verre continue composée d’un vitrage triple, dont deux couches reçoivent une impression numérique. Ce dispositif a été développé avec l’artiste montréalais Michel-Pierre Lachance, artiste montréalais reconnu pour son travail géométrique d’une grande sensibilité formelle. Il agit comme un filtre lumineux dynamique, qui laisse percevoir l’extérieur tout en modulant les rayons directs et en protégeant l’intimité.
Au-delà du travail sur la transparence et la lumière, l’intégration du projet à son contexte passe également par une dimension matérielle essentielle. L’hôpital existant se distingue par une combinaison très particulière de deux briques émaillées – l’une de teinte claire, l’autre légèrement bleutée – disposées de manière caractéristique et participant fortement à son identité architecturale. La palette matérielle de l’agrandissement puise ainsi directement dans cette réalité contextuelle, réinterprétée de façon contemporaine et choisie avec précision. Il ne s’agit pas d’une reproduction littérale, mais d’un dialogue subtil avec l’existant, afin de concevoir un agrandissement à la fois sensible, intégré et résolument actuel.
Le bâtiment a été implanté pour rendre les flux les plus directs et efficaces possible. Le bloc opératoire est situé au premier niveau, en lien immédiat avec l’urgence, et surplombe l’URDM installée juste en dessous. Cette superposition verticale assure l’efficacité des parcours des dispositifs médicaux entre la stérilisation et le bloc opératoire. L’implantation tire également profit de sa proximité avec les quais logistiques existants. Une passerelle logistique au rez-de-chaussée entre l’agrandissement et le secteur d’approvisionnement dans l’existant permet d’acheminer efficacement les volumes importants de fournitures requises pour le bloc opératoire et la stérilisation.
Sur le plan de l’expérience, l’architecture introduit des qualités d’environnement rarement associées à des espaces hautement techniques. L’étage accessible aux patients est enveloppé d’une peau de verre continue, avec des baies très hautes qui laissent pénétrer la lumière naturelle profondément dans les espaces intérieurs. Le projet intègre également des œuvres d’art dans l’architecture, afin d’offrir aux patients et à leurs proches un contact avec la culture dans un moment sensible, tout en contribuant à un environnement plus humain pour le personnel.